L'annonceur

LA TRIBUNE LIBRE

La Bible de l'athéisme ou comment ébranler la foi religieuse

À lire Harris, on croit comprendre qu'il dit : Oui, le croyant est une bonne personne mais à qui il manque une dimension du sens critique.

Par Lionel Émard, prêtre [27/10/2015]

La première lecture de l'ouvrage de Sam Harris, La Bible de l'athéisme (1) m'a vraiment ébranlé ; c'est un échange avec un éditeur d'hebdos qui m'a amené à relire l'ouvrage de Harris pour mieux saisir sa pensée.

« La note au lecteur » (pp. 11-15) mérite d'être lue avec attention pour découvrir deux choses importantes : Savoir à qui l'auteur s'adresse et quel est son objectif ? A ces deux questions, Harris répond clairement : Bien que ce livre soit destiné aux adeptes de toutes confessions, il a été écrit sous forme de lettre adressé à un chrétien. (p. 11) « L'objectif fondamental de ce livre est d'armer tous les laïques de notre société qui sont d'avis que la religion n'a pas sa place dans la politique publique, contrairement à leurs opposants de la droite chrétienne. » (p. 11)

C'est là l'originalité de l'auteur, il ne s'adresse pas directement aux institutions ou spécialistes de religion, quand il le fait, c'est par la bande qu'il le fait ; en plus, l'auteur touche la fibre personnelle du lecteur, soit ses croyances religieuses ; certes, quelques fois, il s'attaque à un point ou l'autre de la croyance chrétienne, comme l'eucharistie, la virginité de Marie, mais en passant comme cela, comme pour rappeler l'absurdité de ces croyances, mais sans plus.

Les chapitres de son ouvrage sont d'inégales longueurs et importances, certains touchent leur cible, exemple, les chapitres suivants : « La Bible de l'athéisme » (pp. 16-19), « La sagesse de la Bible » (pp. 20-32). De la Bible, l'auteur dit deux choses : Mêmes les chrétiens ne l'abordent pas tous de la même façon, selon qu'on est chrétien 'modéré' ou 'libéral', et il y a aussi la question quel livre est vraiment la parole absolue du créateur de l'univers ? La Bible ou le Coran ? « Chaque fervent musulman a les mêmes raisons que vous d'être chrétiens. » (p. 18)

Grande discussion aussi par rapport à la sagesse de la Bible. L'auteur s'arrête surtout aux pages sombres et contradictions que nous trouvons dans la Bible pour mettre en question la 'sagesse' de la Bible ; Harris ne se contente pas de dire, mais cite les passages où les approbations et condamnations à mort qui sont faites et des conséquences que ces passages de la Bible ont eu et ont chez certains groupes de chrétiens ; l'auteur est honnête et reconnaît que ces situations se retrouvent également dans les autres religions.

« La vraie morale », « Faire le bien pour Dieu », « Les athées incarnent-ils le mal ? » (pp. 43-53) ne manqueront pas de susciter bien des questions chez les lecteurs et obliger ceux-ci à revoir certaines affirmations bien ancrées dans l'esprit des gens. Ici, Harris y va de quelques questions, statistiques et constations qui ont le mérite d'être à la bonne place et au bon moment ; quelques exemples : « À quand remonte la dernière émeute athée ? » (p. 47) « Les cinquante nations les moins bien classées selon l'indice de développement humain des Nations Unies sont incontestablement religieuses. » (p. 51) Pas besoin de faire de longs développements pour constater que les pays les plus pauvres sont aussi les pays les plus religieux. Rappelons-nous ici au Québec, nous étions un peuple de porteurs d'eau, mais oh combien catholiques pratiquants ...

« Le choc de la science et de la religion » et « L'évidence de la vie » nous aident à comprendre pourquoi y a ce conflit entre religion et science ; doit-on donner raison à Harris lorsqu'il écrit : « Les succès de la science se font souvent aux dépens du dogme religieux ; le maintien du dogme religieux se fait toujours aux dépens de la science » (p. 70) Les 'réponses' actuelles qui sont données pour faire concorder religion et science doivent être revues. Et que répondre à Harris lorsqu'il écrit : « La foi n'est rien de plus que l'autorisation que s'accordent mutuellement les gens religieux pour continuer de croire même quand les raisons font défaut » (p. 72) ?

Difficile de ne pas aborder le thème « Religion, violence et avenir de la civilisation » (pp. 83-89) dans le contexte que nous vivons. L'auteur ne se prive pas d'écrire : « La foi entraîne la violence d'au moins deux manières. Premièrement, les gens tuent d'autres humains parce qu'ils sont convaincus que c'est ce que le créateur de l'univers leur demande ... Deuxièmement, de bien plus grands nombres de gens entrent en conflit les uns avec les autres parce qu'ils définissent leur communauté morale en se basant sur leur appartenance religieuse. » (p. 84)

Certains risquent d'être écorchés dans leur foi après la lecture de La Bible de l'Athéisme; malgré ce risque, la lecture en vaut la peine parce que les questions de l'auteur sont déjà sur la place publique ; ses réponses et affirmations ne sont pas dogmes de foi ou vérité; s'il est un point faible à noter, c'est la perception qu'il a de la personne croyante, voire même de la foi. À lire Harris, on croit comprendre qu'il dit : Oui, le croyant est une bonne personne mais à qui il manque une dimension du sens critique, pas toute la dimension, mais une partie. Est-ce réellement le cas ?

(1) HARRIS, Sam. La Bible de l'athéisme. Traduction de l'américain par Emily Patry. Éditions Cardinal, Inc. Montréal, 2015, 115 p.

ÉDITIONS EN FORMAT PDF

CHRONIQUE LIVRES

BOTTIN AFFAIRES

PASSE-TEMPS