L'annonceur

LA TRIBUNE LIBRE

Traverser le deuil de ma paroisse, de mon église ?

La peine de l'un ne peut être semblable à la peine de l'autre.

Par Lionel Émard, prêtre [13/10/2015]

Dans la fermeture d'une église, dans le regroupement d'une paroisse avec d'autres paroisses, il y a deux personnes, le prêtre-curé et le paroissien ou paroissienne. La peine de l'un ne peut être semblable à la peine de l'autre.

La peine du prêtre-curé, s'il a une véritable peine, trouve sa source dans la peine du paroissien ou paroissienne. Certes, le prêtre-curé, peut avoir de la peine pour la fermeture de l'église paroissiale, pour le regroupement de sa paroisse avec d'autres paroisses, mais sa peine ne peut être de la même intensité que celle du paroissien ou paroissienne. Le paroissien ou paroissienne qui a toujours été là est marqué dans son être par ces pierres blanches qui ont marqué les grandes étapes de sa vie, la naissance avec le baptême, l'enfance avec la première communion, la pré-adolescence avec la confirmation, la vie adulte avec le mariage et ce coin de terre où son père et sa mère sont enterrés.

La douleur que ce paroissien ou paroissienne vit au moment de la fermeture de son église paroissiale, de la fusion de sa paroisse avec d'autres paroisses ne s'apparent-elle pas au fait d'un vivre un deuil ? Il y a certes un deuil. Comment vivre et surmonter ce deuil de fusion de sa paroisse de la fermeture de son église ?

C'est à cette question qu'essaie de répondre l'abbé Pierre Goudreault, du diocèse d'Amos en Abitibi, avec son petit ouvrage Traverser le deuil de ma paroisse, paru aux éditions Novalis, Montréal, en 2014, 77p.

Les deux sources d'inspiration de l'ouvrage de l'auteur sont les écrits de Jean Monbourquette, un Père Oblat de Marie-Immaculée, qui a beaucoup réfléchi et écrit sur les deuils que les personnes vivent et ce chapitre 24 de l'Évangile selon saint Luc qui raconte la rencontre de Jésus ressuscité avec deux disciples qui s'en allaient vers Emmaüs.

Les liens que Pierre Goudreault fait avec le travail de description des deuils, telles que présentées par le P. Monbourquette, et l'histoire des deux disciples d'Emmaüs et la peine que vit le paroissien ou paroissienne face à la fermeture de son église ou le regroupement de sa paroisse avec d'autres paroisses sont plausibles, instructifs et intéressants. Pierre Goudreault propose la même démarche que le P. Monbourquette propose aux endeuillés pour vivre et traverser leur deuil de sa paroisse et de son église: « Pour traverser le deuil de sa paroisse, écrit-il, je propose un parcours en cinq étapes. Chacune des étapes se termine par un exercice pratique qui permet d'intégrer les idées présentées et de soutenir la résolution d'une perte. » (p.7) Voici en bref ces cinq étapes: Le temps de ma peine, Au coeur de ma solitude, La quête d'un sens à ma perte, l'échange de pardons et l'héritage, un nouveau départ en Église. Ces cinq étapes correspondent à ces étapes du vécu d'un deuil, telles que présentées par le P. Monbourquette: « 1. Le trauma du choc; 2. Le déni; 3. L'expression des émotions et des sentiments; 4. La réalisation des tâches concrètes reliées au deuil; 5. La quête d'un sens à la perte; 6. L'échange des pardons; 7. Le "laisser partir"; 8. L'héritage. » (p. 13)

À la lecture de l'ouvrage de Pierre Goudreault, nous pouvons nous demander : 1. Si les pasteurs et agents et agentes de pastorale ont été aussi sensibles qu'ils auraient dû l'être face au vécu douloureux des paroissiens et paroissiennes face au regroupement de leur paroisse ou fermeture de leur église ? 2. Les pasteurs et agents et agentes de pastorale sont-ils conscients du refoulement dans l'inconscient de la douleur et des deuils non assumés des paroissiens et paroissiennes suite au regroupement de leur paroisse avec d'autres paroisses ou à la suite de la fermeture de leur église paroissiale ? 3. Est-ce possible de réparer les erreurs passées et guérir les blessures enfouies ? Si oui, comment ?

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