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LA TRIBUNE LIBRE

Raymond Gravel, Le dernier combat ... ou qui est cet homme ?

L'abbé Gravel a accepté de partager avec les autres ce qu'il vivait au plus intime de sa vie.

Par Lionel Émard, prêtre [10/03/2015]

Ceux qui ont suivi l'abbé Raymond Gravel, dans ses prises de position et ses engagements se retrouveront dans l'ouvrage que Carl Marchand vient d'écrire, Raymond Gravel, Le dernier combat (1). Les premiers mots de l'ouvrage de Carl Marchand sont une citation de l'abbé Gravel : « J'ai besoin que le monde m'aime  » (p. 11) nous aident à mieux comprendre qui était cet homme de parole.

Un auteur spirituel du XVe siècle, Thomas Kempis écrivait dans L'Imitation de Jésus Christ : « Toutes les fois que j'ai été en compagnie des hommes, j'en suis revenu moins homme que je ne l'étais.  » En lisant l'ouvrage de Carl Marchand, on peut dire à Thomas Kempis : La compagnie des humains a rendu plus humain l'abbé Raymond Gravel.

Rendu plus humain, parce que, lorsque tu côtoies les humains, tu ne peux pas avoir une pensée linéaire, ni une pensée qui suscite l'adhésion de tous et chacun ; on en a pour exemple, ces deux cas que Carl Marchand relève dans ses échanges avec l'abbé Gravel. Le premier cas, c'est la prise de parole que l'abbé Gravel a prise dans l'affaire des victimes d'abus sexuel des frères de la Congrégation Sainte-Croix. Carl Marchand, suite à l'échange qu'il a eut avec l'abbé Gravel, écrit: « L'abbé Gravel, si souvent identifié comme le défenseur des marginaux et des exclus a choisi son camp: celui de l'Église catholique romaine... Le tourment qui l'habite fausse son jugement.  » (pp. 54-53) Quant à l'affaire Turcotte, ce cardiologue qui a tué ses deux enfants, la prise de position de l'abbé Gravel n'a pas du tout été appréciée de plusieurs, Carl Marchand écrit: « Le regard que porte Raymond Gravel sur l'affaire Turcotte semble bien plus influencé par l'émotion que par la logique.  » (p. 108)

Pourquoi l'ouvrage de Carl Marchand rejoindra tant de personnes ? Il nous permet d'accompagner un être humain qui a accepté de demeurer sur la place publique même dans sa lutte contre le cancer jusqu'à la fin. Peut-être que certains auraient préféré que ce soit plus le prêtre qui apparaisse à l'avant scène, c'est plus un être humain, avec ses doutes, ses interrogations et ses espérances qui apparaît dans Raymond Gravel. Le dernier combat.

Un exemple touchant de cette humanité de l'abbé Gravel ? L'abbé Gravel raconte cet échange qu'il a eu avec une femme; elle aussi aux soins palliatifs, comme lui; elle pose cette question à l'abbé: « Comment fait-on pour mourir ?  » L'abbé Gravel de répondre: « Qu'elle le saurait quand ça serait le temps... d'entrer lorsque la porte va s'ouvrir.  » Et Carl Marchand d'écrire: « prononçant ces mots, l'abbé Gravel éclate en sanglots... Après une courte pause, le temps de reprendre le contrôle sur sa tristesse, il continue à parler. Mais sa voix est chevrotante, il est si vulnérable. Comme si tout son être était sur le point de s'écrouler.  » (pp. 81-82)

L'ouvrage de Carl Marchand en rejoindra plus d'un. L'abbé Gravel a accepté de partager avec les autres ce qu'il vivait au plus intime de sa vie, son dernier combat pour la vie, il ne l'a perdu. Avec franchise il avait dit: « J'ai besoin que le monde m'aime  », comment ne pas l'aimer après un tel partage ?

(1) MARCHAND, Carl. Raymond Gravel, Le dernier combat. Éditions Cram, Montréal, 2015, 162 p.

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